Profession romancier
Un romancier qui vit dans une banlieue paisible, qui mène une vie saine, se lève tôt, se couche tôt, ne manque son jogging pour rien au monde, se concocte volontiers des salades de légumes et s'enferme chaque jour dans son bureau pour travailler selon un horaire bien réglé, au fond, qui en rêve ? Ne suis-je pas simplement en train de salir en pure perte une image romantique chérie par les lecteurs ?
p. 140
Lorsque l'auteur à succès Haruki Murakami met en parallèle sa profession d'écrivain et la pratique de la course, il insiste sur l'effort et la persévérance nécessaires à l'écriture d'un roman. Possiblement une autre image romantique de l'écrivain à l'heure des textes générés par la dite intelligence artificielle.

Cette exposition des motivations et de la démarche rappelle les mangas autobiographiques de Mizuki Shigeru ou de Tatsumi Yoshihiro. Une présentation qui met en évidence le vrai travail de conception, de réflexion et de rédaction qui résulte dans le livre proposé au lecteur. Un investissement qui parait ignoré des dealers de mots.
Il est intéressant que l'auteur signale son intention de se détacher de la « grande littérature » et revendique utiliser des moyens inhabituels. Si je suis honnête, la langue japonaise n'était sans doute pour moi à cette époque qu'un outil fonctionnel. (p. 38) Certains critiques lui reprocheront une syntaxe qui faisait penser à une traduction. Ce travail sur la langue, le propre de l'écrivain, peut-il être le fait d'une machine ?
Dès qu'il se met à écrire, l'écrivain est seul. Personne ne peut l'aider. Il arrive parfois que quelqu'un fasse des recherches pour lui, mais ce rôle se limite à la collecte de documentation ou de matériaux. Personne ne met de l'ordre dans son cerveau, personne ne trouve à sa place les mots qu'il faut. Ce que l'on commence soi-même, on doit la poursuivre soi-même, l’achever soi-même.
p. 129
Lorsqu'il écrit ces réflexions, qui paraissent d'abord sous forme de chroniques dans une revue littéraire japonaise en 2015, Murakami ne peut imaginer qu'en moins d'une décennie les LLM, grands modèles linguistiques, seront capables d'assister l'écrivain jusqu'à remettre en question son rôle de créateur. Pourtant l'auteur précise que son texte n'a pas une architecture prédéterminée, mais que ses personnages le pressent […] au-delà de ce dont [il est] conscient et conclut qu'en un certain sens, en même temps qu'un auteur crée un roman, il est lui-même partiellement créé par ce même roman. (p. 184)
On sent chez Haruki Muakami une certaine déception d'un accueil mitigé de ses œuvres par la critique japonaise, peut-être est-il comme le mangaka Mochizuki Minetarō trop ordinaire ? En clamant qu'il est également vain de vouloir fabriquer à dessein un contenu en s'appuyant sur des études de marché (p. 221) croit en la prééminence du créateur dans la magie du livre.
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Sites dédiés à l'auteur (EN) (JP)
Salomé Kiner pour Le Temps
Thélyson Orélien, écrivain disqualifié
En quelques jours un roman décrit comme prometteur et éligible aux prix littéraires perd subitement de son attrait car il aurait été écrit par un grand modèle linguistique. Ce qui était une écriture puissante, imagée, extrêmement sensible (LT 19.09.2026) est désormais qualifié de roman rédigé presque intégralement par une Intelligence Artificielle ( Balance ton Claude).
Ces accusations sont sérieuses car elles questionnent le contrat entre le lecteur et l'écrivain et interrogent sur le sens à passer plus de temps à lire un livre qu'à l'écrire.
Lisbeth Koutchoumoff Arman relevait que le succès hors norme du roman était dû à la rencontre de ce style et d'une thématique parmi les plus prégnantes des années 2020: la migration de femmes, d’hommes, d’enfants qui fuient une violence de plus en plus exacerbée et se heurtent, par mer, par terre, aux herses des pays dits démocratiques et riches.
Dernier livre édité par Olivier Nora chez Grasset, on peut imaginer la tentation de l'éreinter et de détourner l'attention du contenu vers le pouvoir de l'IA sur le savoir, une thématique tout aussi prégnante.
Lisbeth Koutchoumoff Arman pour Le Temps
William Marx invité des Matins – France-Culture
Pierre-Thomas Eckert dans Le Grand Continent
Écriture et IA, Lisbeth Koutchoumoff Arman pour Le Temps
