Les contes défaits

Lalo Oscar, Les contes défaits. Paris, Belfond, Petits pointillés 2020.

J’enquête sur un crime sans preuves. Je suis le seul à le savoir. Je dois prouver sans indices ni symptômes. Je suis le patient et le médecin. Le médecin le plus patient qui soit. Ces preuves-là ne se cherchent pas. Elles viennent toutes seules se coucher par écrit. Elles s’effeuillent. Et nous fanent. Elles ne bourgeonnent jamais. Sauf parfois en hiver.

p.12, version 2016

Lalo, par le choix de son titre, montre son goût pour le cisèlement du langage, voire son allègement. Ce premier roman n'a rien d'un conte de fées même s'il concerne l'enfance, un temps que l'on associe volontiers au monde onirique !
Les fréquents séjours du narrateur dans un home tiennent du cauchemar. Il se ressent pas seulement une forme d'abandon de sa mère; il est à la merci d'un couple douteux, dont il ne peut pas compter les méfaits.

Aussi surprenant que cela paraisse, compte tenu de ses règles strictes, il ne s'agissait pourtant pas là d'un centre de redressement pour enfants ou adolescents. Non, ça se vendait comme un havre chic pour familles aisées, d'où l'appellation de « home d'enfants ».

p. 47

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Le cerveau masculin

Gygax Pascal, Zufferey Sandrine et Gabriel Ute, Le cerveau pense-t-il au masculin ?  Cerveau, langage et représentations sexistes. Paris, Le Robert, Temps de parole, 2021.

Toutes les langues se transforment au fil du temps, mais ces changements sont lents et mettent souvent beaucoup de temps à s'installer complètement. Ces évolutions sont très intéressantes en elles-mêmes à étudier, mais elles le sont tout autant par ce qu'elles révèlent des contextes qui les ont engendrées. En ce qui concerne le masculin et son statut dominant dans la langue, on peut facilement s'imaginer que les contextes facilitant ces évolutions ont été des contextes imprégnés d'androcentrisme, voire de misogynie. C'est-à-dire des contextes dans lesquels les hommes étaient non seulement considérés comme plus importants, mais également comme supérieurs.

p.55

Pourquoi la mention du langage inclusif provoque-t-elle autant de débats passionnels ? La norme grammaticale induit une structuration de la société en décalage constant avec la réalité sociale. Les coauteurs mettent en évidence les biais de genre et identifient les règles qui en sont la cause. En inventoriant les pratiques, en français et dans d'autres langues européennes, ils en soulignent les limites.
Cette recherche en psychologie sociale et en psycholinguistique ne prétend pas distinguer le juste du faux. Elle désigne pourtant les éléments qui dérangent : contestation de l'hégémonie masculine corrélée à l'invisibilisation de la femme notamment dans les professions “prestigieuses”. En évoquant une société non binaire, elle souligne un aspect très contesté, souvent identifié à une volonté de renverser l'ordre social.
Les coauteurs rappellent que la langue est en constante évolution et que l'usage est le plus fréquemment en avance sur la norme. En interrogeant notre utilisation de la langue, ils encouragent à adapter notre expression à la réalité vécue tout en essayant d'éviter les mauvaises réponses à de bonnes intentions.

Comme il est relativement difficile de retracer l'origine de l'expression langage inclusif, on en trouve une multitude de définitions. Pour nous, l'expression la plus juste, par rapport à ce que nous venons de dire, serait d'ailleurs langage non exclusif, tant l'utilisation du masculin exclut toutes les personnes qui ne s'identifient pas à la catégorie « homme ». En partant de cette constatation, nous définirons le langage inclusif de manière très large comme « englobant toute forme de langage qui vise à démasculiniser la langue ». Deux types de méthodes entrent dans cette définition : la neutralisation et la reféminisation.

p. 131

Les auteurs ont pris soin d'utiliser scrupuleusement un langage inclusif, sans nuire à sa lisibilité. Toutefois, c'est surtout sa nature explicite qui est évidente, d'où une lourdeur didactique…

Site de l'éditeur
Site de Pascal Gygax
Catherine Frammery pour Le Temps
Parler comme jamais – écriture inclusive : pourquoi tant de haine ?
Tribu – le langage inclusif

Le fantôme d'Odessa

Isaac Babel (Photo NKVD Mai 1939)

de Toledo Camille et Pavlenko Alexander, Le fantôme d'Odessa, Denoël Graphic, 2021.

La construction de la mémoire est au cœur du roman graphique de Camille de Toledo et Alexander Pavlenko. Les mensonges du régime soviétique à la famille d'Isaac Babel participaient du totalitarisme. En s'articulant autour de la transmission entre générations, le scénario offre des pistes pour rétablir les fils brisés.

Ma petite fille, en écrivant, j'ai juste cherché à saisir ce qui tremble...

p. 107



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Oratorio de… Noël

Covid en décembre, Noël en juin !

Cathédrale de Lausanne
Chœur Vivace & Ensemble Frates
Direction: Christophe Gesseney

Solistes :
Kathrin Hottiger - soprano
Valérie Bonnard - mezzo soprano
Stefan Sbonnik - ténor
Stephan Imboden - basse

Portrait, autoportrait

Musée Jenisch Vevey

Le regard de l’artiste, du voyeur, le plus souvent, s’attarde longuement sur celui du modèle. Le premier met toute son âme – et son savoir aussi, son métier – dans ce dessin de vérité, tandis que le second ne se présente à lui que sous forme de visage, de posture, comme une enveloppe charnelle, une simple apparence. S’arrêtant sur son regard et le scrutant afin de le révéler sur le papier, le portraitiste devine ou voit son propre regard, et c’est comme un aller-retour incessant qui va d’un regard à l’autre, d’une rive à l’autre.

Frédéric Pajak, commissaire invité
catalogue



Site du musée
Dossier de presse
Antoine Duplan pour Le Temps

Les objets de la mémoire

Manoir de la Ville de Martigny

Comment se rappeler de ce qui passe ou pourquoi l’oublier ?
« Un tube d’été, une ceinture en vogue, des choses vouées à la disparition», l’écrivaine Annie Ernaux avait ainsi consigné sa mémoire personnelle et celle de sa génération dans le livre Les Années. Inspiré par cette autrice, mais plus encore par sa manière de décrire le monde, le Manoir nous convie à repenser nos histoires intimes et collectives, entre photographies, dessins, broderies, installations, écriture et films.

Julia Taramarcaz
curatrice du Manoir de la Ville de Martigny



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