Les premiers de 88 Temples


précédent

Quand nous pénétrons dans l’enceinte du Temple 1, Ryozen-ji – 霊山寺, le hall principal est illuminé de dizaines de lanternes qui le rendent accueillant. Les temples de Shikoku appartiennent à l’école Shingon du bouddhisme ésotérique fondée par Kūkai au début du IXe s. Cette forme est proche de la branche tibétaine du bouddhisme et les autels peuvent rappeler ceux du Ladakh. Leur esthétique très « baroque » contraste avec l’austérité des logements japonais.
Ryozenji

Le Daishidō, en mémoire de Kūkai

Nous observons le comportement des pèlerins pour nous fondre dans le rituel : s’incliner au portique d’entrée, se purifier les mains à la fontaine, verser son obole et glisser ses pensées devant les autels consacrés à la divinité tutélaire du lieu et au sanctuaire dédié à Kōbō Daishi, le fondateur de la secte, un homme dont la vie a inspiré ses contemporains et éclairé ses disciples. Nous avions au préalable passé devant une boutique qui propose des accessoires pour pèlerins : le oizuru, une sorte de gilet, le nōkyōchō pour les calligraphies à chaque temple et les osame-fuda pour remercier celles et ceux qui offrent leur aide et pour noter les prières déposées aux temples. Situé idéalement pour écouler ses articles, le marchand n’a aucun effort à fournir pour gagner sa vie et il se montre particulièrement désagréable. Ce n'est que devant la persistance du temps chaud que j'ai acheté le chapeau conique sugegasa.
À chacune des Préfectures de Shikoku est attribuée une étape de la spiritualité bouddhiste : pour Tokushima, c’est le chemin de l’éveil. Une qualification qui correspond bien à mon état d’esprit.
Konsen-ji

Konsen-ji – 金泉寺 (n° 3)

Sur le Kumano Kodo, non seulement le chemin était balisé, mais les repas et le logement étaient planifiés. Tandis que nous pouvions nous laisser absorber par le décor onirique ambiant, ici notre rapport au monde est tout autre. Nous ne sommes jamais loin de la Tokushima Highway et pourtant dans un monde qui fait aussi peur. Le vieillissement de la population et la dénatalité sont rendus évidents par la dégradation de l’habitat. De nombreuses maisons s’effondrent sur elles-mêmes ou sont envahies par la végétation – les habitants ont-ils été asphyxiés par les plantes ? Cet environnement nécessite aussi un apprivoisement et nous devrions anticiper pour nous-mêmes les conséquences de la décroissance et du vieillissement de la population : le monde ne va pas se figer sur une image idéalisée, mais poursuivre une évolution qu’il importe de prévoir. Cet abandon crée aussi un contraste étonnant entre les surfaces laissées en friches sur lesquelles la végétation pousse avec exubérance et celles qui produisent maintenant de l’électricité grâce aux panneaux solaires et desquelles toute vie végétale a été bannie.
Donarichoakizuki Awa

Donarichoakizuki, Awa

On atteint Kirihata-ji – 切幡寺 (n° 10) par 333 marches ; pour être sûr que notre présence soit remarquée après cet effort, nous sonnons la cloche avec énergie. Une variété bien particulière de visiteurs s’y retrouve : des joggers ! Alors que nous quittons le site, c’est pourtant une femme âgée courbée en deux qui s’engage dans la volée de marches. Dans la rue adjacente, une femme nous arrête pour nous offrir une tranche du gâteau qu’elle a confectionné et du thé. Nous accueillons ses osettai, juste avant la pause de la mi-journée, avec autant de plaisir qu’elle en a à participer à notre progression. Jour de fête, puisque nous trouvons une coopérative agricole JA qui vend des produits locaux et offre, contrairement aux konbinis de nombreux fruits et légumes frais. Alors que nous les mangeons à l’extérieur, une vendeuse et une cliente nous apportent encore des gâteaux comme osettai.

suite