Une pluie d'étoiles filantes
04 01 26 BD
Taniguchi Jirō, Sekikawa Natsuo. Au Temps de Botchan. Nouvelle édition, Casterman, 2025.
Volume IV
La série Au temps de Botchan relate la seconde partie de l'ère Meiji qui, après les bouleversements du modèle socio-économique, préfigure la dérive du Japon vers l'autoritarisme et un impérialisme mortifère. Une histoire complexe que le scénariste Sekikawa cerne par touches concentriques autour de figures marquantes, ici Kōtoku Shūsui. Bien que certains événements soient répétés plusieurs fois – et qu'on s'y perd parfois ! – ce parti pris illustre les différents réseaux et les connections qui existent avec les intellectuels étrangers. La vision plus synthétique de Pierre-François Souyri de Moderne sans être occidental occulte par contre ce foisonnement de la pensée inhérent à cette ambivalence entre le progrès et la préservation de la culture nippone.

Volume IV
La série Au temps de Botchan relate la seconde partie de l'ère Meiji qui, après les bouleversements du modèle socio-économique, préfigure la dérive du Japon vers l'autoritarisme et un impérialisme mortifère. Une histoire complexe que le scénariste Sekikawa cerne par touches concentriques autour de figures marquantes, ici Kōtoku Shūsui. Bien que certains événements soient répétés plusieurs fois – et qu'on s'y perd parfois ! – ce parti pris illustre les différents réseaux et les connections qui existent avec les intellectuels étrangers. La vision plus synthétique de Pierre-François Souyri de Moderne sans être occidental occulte par contre ce foisonnement de la pensée inhérent à cette ambivalence entre le progrès et la préservation de la culture nippone.

Comité de rédaction du Heimin Shinbun – Journal de la Plèbe.
Denjirō (Shūsui) Kōtoku sera exécuté suite à l'« Incident de haute trahison » auquel il n'a pas participé.
Militant politique, socialiste tendance anarchiste, Kōtoku n'est pas présenté comme radical. Il est sensible comme de nombreux contemporains à l'impact de l'industrialisation à marche forcée du Japon. Cette mutation d'un monde paysan au monde ouvrier a un immense impact social. En transformant le Japon d'une société de « castes » en une société de classes, cette transformation accroit le fossé entre riches et pauvres. Les auteurs attribuent à Mori Ōgai l'observation « À mesure que nous construisons des usines l'industrie enrichit le pays, mais dans le même temps, la pauvreté augmente et l'inquiétude se répand au sein de la jeunesse. Le véritable épanouissement est une chose bien délicate… » (p. 85)
Dans ce contexte se développe un embryon de socialisme. Diverses manifestations, notamment en lien avec la pollution due à la mine de cuivre d'Ashio, fragilisent le gouvernement Saionji – Hara tenant du développement du parlementarisme. Les forces hostiles au pluralisme et à la représentativité des diverses opinions, profitant des victoires contre la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905), agissent auprès de l'Empereur pour orienter sa politique vers l'ordre et la répression. Kōtoku, qui a traduit Le Capital de Marx, est naturellement étroitement surveillé. Il met en danger ses contacts dont plusieurs seront condamnés et exécutés avec lui après l'« Incident de haute trahison », un projet foireux d'attaque contre l'Empereur. Ledit incident conduira au jugement de 26 activistes, dont certains ne se connaissent même pas, et à l'exécution de 12 d'entre eux.
La société vit désormais dans la peur de la surveillance, de la dénonciation et de la répression. Alors que la restauration Meiji avait débuté par la libéralisation d'un système figé de castes, elle évolue vers un système oppressif : le pouvoir impérial ne tolère plus la moindre contestation, alors que les discriminations des plus pauvres se renforcent.
Site de l'éditeur
