Kokuhō

Kokuhō – Le Maître du kabuki (Japon, 2025), de Lee Sang-il, avec Ryo Yoshizawa, Ryusei Yokohama, Ken Watanabe, Mitsuki Takahata.


La restauration Meiji a profondément changé la vie japonaise. Parallèlement à la rapide occidentalisation de la société, une attention particulière est portée à ses spécificités culturelles. À la mort de l’empereur Meiji, son anniversaire devient le jour de la Culture et le 3 novembre reste férié. Les arts traditionnels sont célébrés et les conservateurs les plus prestigieux de ces biens cultures honorés du titre de trésor national vivant (ningen kokuhō).

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Kunisada Utagawa (1786 - 1865)
L’acteur Iwai Hanshirō V dans le rôle de O-Ito, la fille de la maison Ito-ya
Musée Jenisch Vevey


Le personnage de Kikuo est en quête, tout au long de sa vie, d’un «paysage» insaisissable. J’en suis venu à croire que c’est ce même paysage que Ryō Yoshizawa a dû entrevoir en affrontant ce rôle exigeant.

Lee Sang-il
Dossier de presse


Au même titre que la céramique, le textile, ou l'art du bois, les arts de la scène sont honorés. Le film de Lee Sang-il fait pénétrer le spectateur dans l'univers codé de l'un de ces arts, le kabuki.
Cette fiction évoque un univers difficilement pénétrable. Ce formalisme a pourtant ses contradictions, notamment lorsque le kabuki est réduit à un divertissement pour soirées privées. Le grand succès du film au Japon même, montre que cette saga, qui couvre cinquante ans de la vie de Kikuo, dépasse la dimension documentaire. Les deux protagonistes, des acteurs de cinéma, et non des spécialistes de kabuki, présentent des œuvres du répertoire en interprétant des rôles masculins et féminins (onnagata). Tout en montrant que le titre de kokuhō (trésor national) suppose une maitrise parfaite des classiques.
Le réalisateur présente aussi des aspects plus prosaïques de cet univers comme l'art du maquillage ou l'adulation des célébrités.
Adapté du roman du même nom de Shūichi Yoshida, le film met en scène deux acteurs tour à tour en concurrence et complices : Shunsuke, né dans une famille célèbre du kabuki, et Kikuo, fils d'un yakuza. Sang-il suggère aussi une certaine misogynie en présentant la mère de Shunsuke en femme acariâtre, jalouse de l'ombre que Kikuo porte à son fils. De manière générale, le réalisateur laisse très peu de place aux figures féminines qui, de fait, sont exclues de la scène dès le XVIIe s. Cependant, en filmant les représentations de manière dynamique en intercalant des vues du public et des coulisses, il présente cet art traditionnel comme une performance vivante.

Stéphane Gobbo pour Le Temps
Internet Movie Database
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