DJ Bambi

Ólafsdóttir Auður Ava, DJ Bambi. Editions Zulma, 2025.

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Auður Ava Ólafsdóttir […] dit que les écrivains sont des voleurs, qui récoltent sans cesse des petits morceaux de monde pour les mettre dans leurs romans. Le dialogue de l'écrivaine marque cette distance avec la narratrice, une femme trans dans la soixantaine en attente d'une opération qui lui permettre d'habiter le corps qui lui correspond.

Quand les gens me définissent comme une personne qui a jadis été un homme ma seule réponse consiste à leur expliquer que j'ai toujours été une fille.

p. 114


Photo de Baran Lotfollahi, portraitiste iranienne sur Unsplash
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Cette attention à l'autre permet à l'autrice islandaise de déployer un roman sensible sur la transidentité et les obstacles que rencontrent les personnes assignées à vivre dans un corps qui leur est étranger. Ólafsdóttir glisse des éléments factuels qui établissent la complexité des questions de genre : les sexes sont innombrables.

Une famille unique en son genre

Avant de devenir une famille traditionnelle – un papa, une maman, deux enfants – Virgil et Cindy, les parents, ont effectué un long cheminement à la recherche de leur identité.

Une famille unique en son genre – Brise Glace

Sa décision prise, V a pris le nom de Logn, qui désigne l'absence totale de vent, l'air parfaitement immobile. Non qu'elle se satisfasse de voir sans cesse repoussée la date de l'intervention chirurgicale, mais plutôt qu'elle se réjouisse de l'alignement de son intimité avec son paraître. Une situation qui lui épargnera de vivre sans cesse au bord du précipice, prête à se jeter des falaises islandaises ventées. Mal-être qui l'a conduit à un accident, semblable à celui de Marie-Ernestine, susceptible de causer la mort. Ólafsdóttir n'exagère en rien la problématique du suicide pour les personnes non binaires : deux tiers des 14-18 ans transgenres auraient songé à cette issue.
Plusieurs animaux apparaissent dans le roman, des créatures si affectées par les dérèglements de l'environnement qu'elles échouent à survivre. Serait-ce le sort des êtres inadaptés ?

Depuis que je prends des bloqueurs qui arrêtent la production d'hormones mâles, je n'ai plus le sentiment d'être au centre de ma propre vie, mon existence est fragmentée, morcelée, elle n'a plus de point central. J'ai envie de penser en grand, à ce qui est plus vaste que moi et bien plus important, comme les questions climatiques, mais les hormones me rendent sentimentale et émotive. Pour tout dire, je ne comprends pas comment les femmes s'y prennent, alors qu'elles débordent d'hormones, pour s'acquitter de leur travail et occuper des postes à responsabilités.

p. 57


Le désir le plus cher de Logn est de mourir dans un corps de femme. Après s'être conformée aux normes, en se mariant et en fondant une famille, elle aspire à vivre son intimité. Cette décision réveille toutes les souffrances que ces injonctions ont causées. Le choix ne se fait pourtant pas sans déchirements et préoccupations : osera-t-on lui confier sa petite-fille ?

Bien que les scientifiques, dont je suis, aient tendance à considérer que l'être humain a créé Dieu plutôt que l'inverse, j'apprécie de pouvoir me reposer du fardeau de la science, des microscopes, cellules, instruments de mesure et résultats, et de pouvoir argumenter avec quelqu'un à qui je peux imputer l'erreur de m'avoir fait naître dans un corps de garçon.

p. 179

Aux avis tranchés sur les transgenres, l'autrice préfère un monde de nuances – parfois teinté de didactisme – qui rappelle qu'entreprendre ce processus de mutation n'est pas une toquade.

Site de l'éditeur
Les Midis de Culture – Marie Labory