Tokyo 68
29 07 26 BD
Aldeguer Hélène, Szendi Schieder Chelsea, Tokyo 68, Libertalia, 2025
L'illustratrice Hélène Aldeguer caractérise son travail en ces termes : « Mon travail artistique est ancré dans mon parcours politique et militant ». Cette revendication pourrait aussi être celle de l'historienne Szendi Schieder qui s'est intéressée aux spécificités des révoltes estudiantines des années 60 au Japon du point de vue des femmes.
Parti-pris assumé pour un roman graphique qui rompt la représentation d'un Japon politiquement apathique et révèle une face cachée de la perfection.

L'illustratrice Hélène Aldeguer caractérise son travail en ces termes : « Mon travail artistique est ancré dans mon parcours politique et militant ». Cette revendication pourrait aussi être celle de l'historienne Szendi Schieder qui s'est intéressée aux spécificités des révoltes estudiantines des années 60 au Japon du point de vue des femmes.
Parti-pris assumé pour un roman graphique qui rompt la représentation d'un Japon politiquement apathique et révèle une face cachée de la perfection.

Le thème très spécialisé et la forme graphique nous font osciller entre superficialité et complexité. Les caractères des principales protagonistes Kazuko et Hiromi sont réducteurs de l'engagement des étudiantes, alors que l'imbroglio des luttes entre factions reste impénétrable.
Bien que ces luttes fratricides aient existé dans les diverses manifestations étudiantes, elles ont pris au Japon une ampleur inégalée et firent de nombreuses victimes. Conflits que les autorités utilisèrent pour décrédibiliser la contestation, dénigrement qui se perpétue jusqu'aujourd'hui selon l'historienne.
À l'opposé, des mouvements de résistance civile, comme le Centre de secours solidaire, continuent de soutenir les protestations écologistes ou pacifistes, interrogeant le manque d'autocritiques des universités.
Les auteures situent le contexte particulier d'un Japon qui subit la mainmise des États-Unis après la guerre et qui utilise l'Archipel dans sa lutte acharnée contre le communisme. Les bases américaines au Japon ont un rôle important d'appui dans la guerre du Vietnam.
La mort de l'étudiante Michiko Kanba, en juin 1960, lors d'une manifestation s'opposant au renouvellement du traité de sécurité nippo-américain est emblématique d'une gauche affranchie de l'influence soviétique. Un courant très critique de la politique libérale d'un gouvernement aligné sur les États-Unis pour lequel la lutte contre le communisme primait sur la volonté initiale de démocratisation et de démilitarisation.
Les auteures sont très sensibles à l'action spécifique des étudiantes. Bien que la place de la femme ait évolué après-guerre, les mouvements étudiants restaient largement influencés par une culture masculiniste. [Les étudiantes] firent l'expérience des contradictions engendrées par leur engagement politique, découvrant trop souvent que la critique radicale de la société à l'œuvre dans le mouvement étudiant n'allait pas jusqu'à remettre en question le phallocentrisme qui prévalait dans la Nouvelle Gauche et qui domine encore la société nipponne contemporaine.
Conscientes des limites d'une approche féministe qui se concentre sur l'année 1968 à l'Université Todai de Tokyo, les autrices considèrent leur ouvrage comme une invitation à découvrir les spécificités des contestations japonaises.
Site de l'éditeur
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Site de l'illustratrice
Bien que ces luttes fratricides aient existé dans les diverses manifestations étudiantes, elles ont pris au Japon une ampleur inégalée et firent de nombreuses victimes. Conflits que les autorités utilisèrent pour décrédibiliser la contestation, dénigrement qui se perpétue jusqu'aujourd'hui selon l'historienne.
À l'opposé, des mouvements de résistance civile, comme le Centre de secours solidaire, continuent de soutenir les protestations écologistes ou pacifistes, interrogeant le manque d'autocritiques des universités.
Au Japon, l'émergence de la Nouvelle Gauche se fit en réponse tant à l'expérience spécifique du pays pendant les années de guerre qu'à sa relation inégale avec les États-Unis pendant celles de l'après-guerre.
Szendi Schieder Chelsea
Les auteures situent le contexte particulier d'un Japon qui subit la mainmise des États-Unis après la guerre et qui utilise l'Archipel dans sa lutte acharnée contre le communisme. Les bases américaines au Japon ont un rôle important d'appui dans la guerre du Vietnam.
La mort de l'étudiante Michiko Kanba, en juin 1960, lors d'une manifestation s'opposant au renouvellement du traité de sécurité nippo-américain est emblématique d'une gauche affranchie de l'influence soviétique. Un courant très critique de la politique libérale d'un gouvernement aligné sur les États-Unis pour lequel la lutte contre le communisme primait sur la volonté initiale de démocratisation et de démilitarisation.
Les auteures sont très sensibles à l'action spécifique des étudiantes. Bien que la place de la femme ait évolué après-guerre, les mouvements étudiants restaient largement influencés par une culture masculiniste. [Les étudiantes] firent l'expérience des contradictions engendrées par leur engagement politique, découvrant trop souvent que la critique radicale de la société à l'œuvre dans le mouvement étudiant n'allait pas jusqu'à remettre en question le phallocentrisme qui prévalait dans la Nouvelle Gauche et qui domine encore la société nipponne contemporaine.
Conscientes des limites d'une approche féministe qui se concentre sur l'année 1968 à l'Université Todai de Tokyo, les autrices considèrent leur ouvrage comme une invitation à découvrir les spécificités des contestations japonaises.
Site de l'éditeur
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