Je ne reverrai plus le monde
En une vingtaine de courts textes, le journaliste et écrivain turc Ahmet Altan esquisse la vie en captivité. Tout en suggérant la situation politique de son pays. ces écrits révèlent la capacité de résilience de leur auteur.L'unique fenêtre de la pièce, elle aussi munie de barreaux, donnait sur une minuscule cour de pierre.
[…]
La vie soudainement s'était figée. Elle ne bougeait plus.
Froide, inanimée.
La vie était morte.
Morte tout d'un coup.
J'étais vivant et la vie était morte.
Alors que je croyais mourir et que la vie continuerait, elle était morte et je lui survivais.p. 98
C'était très déconcertant pour nous trois de nous retrouver dans la même cellule.
De mon côté, je n'avais encore jamais vécu parmi des hommes qui priaient avec autant d'intensité et de dévotion, et quant à eux, passer tout leur temps avec un incroyant était une expérience inédite.
Dans ce "prisme" quotidien de la religion, à travers lequel mes camarades de cellule envisageaient l'au-delà, je ne voyais, moi, que la mort.
[…]
Tels trois cactus roulés dans une boule métallique, nous nous enfoncions mutuellement nos épines dans la chair à chaque mouvement.
Chacun de nous pourtant essayait de vivre pour soi sans blesser les deux autres.p. 139-140

La vie dans les prisons turques vue par un détenu suite aux arrestations massives après le 15 juillet 2016.
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Sa capacité de décentration acquise par l'écriture lui permet de ne pas sombrer. Ces textes sont un témoignage de la puissance de l'humain à résister, à la force de l'esprit qui permet de dépasser les contingences de l'existence. Cette résilience est aussi fruit de la maturité : savoir que son propre père a subi les mêmes avanies renforce la défense d'Ahmet Altan.
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Sylvie Arsever pour Le Temps
Jürg Müller-Muralt pour Bon pour la tête