Nickel Boys
Le roman de Colson Whitehead est inspiré de faits qui se sont déroulés dans l'une des plus importantes maisons de correction des États-Unis, la Florida Industrial School for Boys, connue aussi sous son dernier nom de Arthur G. Dozier School for Boys. Les violences et les sévices qui ont pu s'y dérouler, pendant des décennies, disent davantage une époque où la contrainte, le redressement, était considéré comme un mode éducatif opérant. Le fonctionnement de cet établissement était également révélateur d'un racisme systémique.
Comme dans Underground Railroad, son précédent roman, Colson Whitehead utilise la diversité de ses personnages pour décrire une réalité multiple et sa perception différente selon le lieu d’où on l’observe. Cette agilité rend son récit captivant malgré la brutalité des faits.
Lire la suite...En 1949, année de publication de la brochure, l'école fut rebaptisée en l'honneur de Trevor Nickel, un réformateur qui en avait assuré la direction quelques années plus tôt. Les garçons disaient que ce nom de «Nickel» était en fait une référence à à la pièce de monnaie, parce que leurs vies ne valaient même pas cinq cents, mais ce n'était qu'une légende. Parfois, quand vous passiez devant le portrait de Trevor Nickel dans le couloir, il fronçait les sourcils avec l'air de lire dans vos pensées. Ou plutôt, avec l'air de savoir que vous lisiez dans les siennes.
p. 98-99
Autoportrait en noir et blanc

Deux expériences de vie pour exprimer la complexité de la « question raciale » ou plus généralement les défis d’une société plurielle. Le récit de Pitts à la découverte des identités Afropéennes est un texte de formation. Celui de Williams l’emmène vers la réflexion philosophique. L’auteur qui s'appuie sur son expérience familiale juge que la notion de race n'est pas plus pertinente comme construction sociale que comme donné biologique.Nous avons la responsabilité de ne pas oublier, certes, mais nous avons aussi le droit, et je crois même le devoir, de toujours nous réinventer.
p. 217
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Et mon cachot trembla…
Les deux textes publiés en 1962 dans The Progressive et The New Yorker et édités sous le titre The Fire Next Time sont complémentaires. Au pied de la Croix convainc que l'éloquence de Et mon cachot trembla… n'est pas que feinte émotion.Tu es né là où tu es né et as été confronté avec l'ennemi avec lequel tu as été confronté parce que tu étais noir et pour cette seule raison. Ainsi avait-on fixé, et à jamais pensait-on, des bornes à ton ambition. Tu étais né dans une société qui affirmait avec une précision brutale et de toutes les façons possibles que tu étais une quantité humaine absolument négligeable. On n'attendait pas de toi que tu aspires à l'excellence. On attendait de toi que tu pactises avec la médiocrité.
p. 29
Comme Chimamanda Ngozi Adichie, Baldwin choisit la forme de la correspondance pour traiter du racisme à l'occasion du centenaire de l’Émancipation. Dans sa lettre à Ijeawele, l'autrice nigériane dénonce la même assignation des femmes à une condition déterminée, socialement inférieure. Écrits à plus de cinquante ans d'écart ces deux textes mettent en évidence les mécanismes d'exclusion et la difficulté de les renverser.
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Beloved
Que le portrait de Sethe paraisse dans un journal dit le tragique du fait divers qui a inspiré Toni Morrison. L'autrice étasunienne construit un roman intense, publié en 1987, dans lequel le question féminine, le lien maternel transcendent la problématique raciale.Un fouet de peur vous cinglait l’intérieur dès que l’on voyait un visage de Noir dans un journal, que cette tête-là n’y figurait pas parce que la personne en question avait mis au monde un bel enfant, ou couru plus vite qu’une bande de poursuivants. Ou parce que cette personne avait été tuée, ou mutilée, ou attrapée, ou brûlée, ou emprisonnée, ou fouettée, ou expulsée, ou piétinée, ou violée, ou escroquée, car ça n’était guère assez intéressant pour être qualifié de nouvelle digne de paraître dans le journal. Il fallait que ce soit quelque chose d’extraordinaire — quelque chose que les Blancs trouveraient intéressant, réellement différent, méritant que l’on se suçote les dents quelques minutes, voire même que l’on ait un petit sursaut de surprise. Et il devait être difficile de trouver des histoires de Noirs capables de couper le souffle d’un citoyen blanc de Cincinnati.
p. 218-219

Chroniques d'un enfant du pays

In the white community, the path to a more perfect union means acknowledging that what ails the African-American community does not just exist in the minds of black people; that the legacy of discrimination - and current incidents of discrimination, while less overt than in the past - are real and must be addressed. Not just with words, but with deeds - by investing in our schools and our communities; by enforcing our civil rights laws and ensuring fairness in our criminal justice system; by providing this generation with ladders of opportunity that were unavailable for previous generations. It requires all Americans to realize that your dreams do not have to come at the expense of my dreams; that investing in the health, welfare, and education of black and brown and white children will ultimately help all of America prosper.
Pour la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite signifie de reconnaître que les maux qui tourmentent la communauté afro-américaine n’existent pas uniquement dans l’esprit des Noirs ; que l’héritage de la discrimination – et les cas actuels de discrimination, bien que moins flagrants que par le passé – sont réels et méritent une réaction. Non seulement verbale, mais concrète : investir dans nos écoles et nos communautés ; appliquer nos lois sur les droits civiques et garantir l’équité de notre système pénal ; proposer à la nouvelle génération l’ascenseur social qui a été indisponible pour les générations précédentes. Cette voie implique que tous les Américains comprennent que les rêves des uns ne se réalisent pas nécessairement au détriment de ceux des autres ; qu’en investissant dans la santé, le « welfare » et l’éducation des enfants de toutes les couleurs, nous allons, en bout de course, aider l’Amérique toute entière à prospérer."We the people, in order to form a more perfect union."
Barack Obama, Philadelphia, 18 mars 2008
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Made in Trenton
Le roman de Tadzio Koelb est aussi glauque qu'il est addictif. L'incipit, plusieurs fois repris, focalise l'attention sur « le nouveau » et son intégration dans l'équipe de Jacks.
- Le nouveau devrait venir avec nous, avait dit Jacks de sa voix de stentor, au timbre aussi monocorde qu'un battement de mains, son large poitrail gonflé et prêt à déborder de toute son inépuisable innocence.
p. 11

Americanah
Ifemelu quitte Lagos pour étudier à Philadelphie, réalisant ainsi l’objectif de nombreux amis nigérians. La réalité prend vite le pas sur la situation rêvée, même si elle peut compter sur la présence de Tante Uju pour apprivoiser les codes de l’Amérique.
Malgré leurs succès, Tante Uju et Ifemelu doivent se faire une place dans la société. Lire la suite...
Amérique notre histoire
On présente parfois Russell Banks comme le meilleur portraitiste des marginaux américains. La société qu'il décrit n’est pas celle des élites (> Lointain souvenir de la peau) et son point de vue sur la situation politique aux États-Unis est souvent sollicité par les médias français; son avis sur l’Histoire américaine est engagé. Lire la suite...
Lointain souvenir de la peau
Lost Memory of Skin (2011) traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Furlan
Pas très inspiré le jeune Trey quand il a répondu à sa copine par un «sexto» montrant son sexe en érection. Plainte déposée, voilà Trey, 17 ans, accusé de produire du matériel de pornographie infantile. Lire la suite...
BHO
American Youth
traduit de l’anglais par Marc Amfreville

Nouvelle de Phil Lamarche sur le site de l'éditeur
« En joue… Feu ! » Ted assiste aux funérailles de son oncle et aimerait que les honneurs militaires rendus au défunt ne cesse jamais, il est submergé par l’émotion alors qu’il le connaissait à peine.
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