Charles Krafft


Dénommer en 2020 une rue en hommage à Charles Krafft est un clin d'œil à l'actualité. Le célèbre chirurgien se démenait avec une autre pandémie, celle de la Grippe espagnole. L'épidémie désorganisait déjà la santé publique et comme l'atteste un télégramme conservé à l'École de la Source, tout le personnel soignant était mobilisé : “Nos soldats souffrent, meurent grippe venez à leur secours; ils n'ont pas leur mère”.
Clos du Bourg
Krafft doit sa notoriété à l'appendicectomie, chirurgie qu'il a généralisée pour éviter les fréquents décès dus aux surinfections. Les historiques de la clinique et de l'école qu'il a initiées ne disent pas si les opérations de l'appendicite étaient suspendues pour permettre de soigner les malades.

La professionnalisation des femmes que son école a permise participait d'une vision émancipatrice. Si la personnalité retenue pour cette nouvelle rue n'honore pas une femme, elle retient au moins un homme qui n'était pas indifférent à leur sort.

Ces idées, vous les connaissez : affranchissement de la femme par le développement d'une carrière où elle puisse mettre en pratique ses qualités de dévouement tout en gagnant sa vie d’une façon indépendante, formation de gardemalades qui allient à des convictions religieuses et morales de solides qualités professionnelles, lutte contre le cléricalisme étouffant qui règne dans cette carrière, défense des intérêts professionnels de l’infir­mière. Ces principes, le Docteur Krafft les a défendus, entr’autres dans le journal de La Source, avec une inlas­sable patience et un courage que seuls peuvent apprécier ceux qui se sont occupés des questions médicales et religieuses il y a 25 ans.

Hommage à Charles Krafft
Dr. Rogivue, septembre 1921

Cette démarche montre que les paradoxes ne sont pas une spécificité du XXIe s. puisque cette œuvre, au nom de convictions religieuses, vise à combattre le cléricalisme. Elle illustre, si besoin, les contradictions du colonialisme écartelé entre expansion économique et sincère désir de civiliser par l'évangélisation. Vue de manière plus positive, elle est le fruit d'une curiosité et d'une ouverture à d'autres pratique, une invitation au voyage.