Iran – trekking et patrimoine


Persepolis et Shiraz


Ce village ne figurait pas sur la carte. Il était campé au bord d’une falaise dominant une rivière à sec. Plutôt qu’un village : une sorte de puissante termitière crénelée dont les murs craquaient et se délitaient dans la réverbération inimaginable du soleil de midi.

Nicolas Bouvier, L’usage du monde, 1963

L’endroit ainsi décrit pourrait bien être la forteresse d’Izadkhvast sur la route de Chiraz qui, outre la rivière, domine un caravansérail bien conservé et une tour de guet. Comme l’auteur nous poursuivons jusqu’à Abadeh où nous mangeons de manière moins frugale que lui et son acolyte le firent.
Fort d'Izadkhvast

Izadkhvast

Le jour suivant nous éprouvons la force du soleil en visitant successivement les sites de Pasargades (tombeau de Cyrus et inscriptions cunéiformes trilingues), de Persepolis et la nécropole de Naqsh-e Rostam (tombeau de Darius, notamment). Difficile d’imaginer qu’en leur temps, ils étaient érigés dans une plaine fertile.
Persepolis, bas-relief de l’Apadana

Persepolis, bas-relief de l’Apadana

Le plus impressionnant de ces sites est Persepolis, une cité rectangulaire construite sur une esplanade. Un escalier monumental permet d’accéder à l’antichambre qui servait de grande porte. Les bas-reliefs qui décorent l’accès au Palais des audiences de Darius (Apadana) indiquent la puissance de son empire. Y sont représentées les délégations des 28 nations apportant leur tribu au souverain : du Moyen-Orient, de la mer Égée, de l'Inde, de l'Égypte, d’Afghanistan (> en.wikipedia).

Nous arrivons à Shiraz la veille du jour – férié – du martyr du 6e imam (Jafar). Tous les lieux officiels seront fermés.
Une visite au mausolée du poète persan Hafez s’impose pour se remémorer que sa poésie, comme celle d’Omar Khayyam sont toujours vivantes en Iran.
Shiraz abrite aussi les tombes des frères du 8e imam (Rezâ). La vénération de ces deux lieux, si différents, illustre la complexité de la société perse.
Des réalités fort différentes se côtoient. La femme qui, à Shiraz également, passe une heure au restaurant à se mettre en scène pour des selfies où elle se dévoile, littéralement. Celle qui reproche à l’une d’entre nous de ne pas avoir une tenue adéquate pour approcher le lieu de dévotion. Nos guides érudits capables d’exprimer les paradoxes de leur situation dans un français parfait acquis dans les instituts de langue.
Cette complexité est aussi notre lot. La visite de la mosquée Shah Cheragh est vécue de manière diamétralement différente : les mêmes “servants” chargés des visiteurs étrangers sont vus comme des flics ou de précieux guides…
Ces deux semaines nous ont rappelé que les sociétés sont en constante évolution et qu’il faudrait avoir la sagesse de ne pas figer dans notre esprit des réalités forcément éphémères. Comme il dit, “ne t’inquiète pas, ça va bien se passer !”

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