Peaks of the Balkans


Junik

Après cette découverte ressourçante des alpes dinariques, nous apprécions la chaleur de l'hospitalité de nos amis de Junik. Les retrouver après près de sept ans est un plaisir. Entre-temps le pays a changé : les infrastructures se sont manifestement améliorées, les ruines de la guerre se font plus discrètes même si les blessures de cette époque restent vives. La reconstruction est toujours visible avec toutes les maisons dont les briques ne sont pas encore recouvertes. Les fragilités demeurent : sans apports de la diaspora, entretenir une famille reste difficile. L'économie est si faible que malgré leurs formations les jeunes ont de la difficulté à entrer dans le monde professionnel.
L'impossibilité de quitter le pays due aux blocages sur le dossier des visas Schengen pèse lourdement. Outre le règlement du conflit frontalier avec le Monténégro, les autorités doivent montrer leur volonté de lutter contre la corruption. De manière évidente, certaines pratiques se régularisent : aujourd'hui les attestations fiscales sont par exemple la norme dans les stations service.
Malgré ces progrès, les inégalités restent frappantes et de trop nombreuses villas clinquantes et gigantesques interrogent sur les fonds qui ont permis de les construire. Les voitures de nos compatriotes ont aussi un côté tape à l'œil, peut-être dû à l'obligation de montrer sa réussite à ceux restés au pays.
KullaJunik

Kullas restaurées à Junik

Ces dernières journées, en particulier le week-end, ce n'est que succession de mariages. Dans chaque convoi, précédé du drapeau albanais, des voitures suisses ou allemandes montrent que les festivités sont liées au retour de la diaspora. Alors que nous nous représentons une pratique très traditionnelle des unions, notre hôte nous assure d'une évolution vers le libre choix du conjoint et de la disparition progressive des obligations à l'égard des parents. Ce n'est pas Marsela qui le contredirait, elle qui n'a pas suivi ces coutumes.
Les relations interethniques évoluent également. Malgré la blessure profonde de la perte de son frère dans le massacre de Reka, notre ami sait qu'il doit construire l'avenir de ses enfants et cette perspective lui permet de regarder vers l'avenir. Pour faciliter ce processus, l'État entretient la mémoire des disparus. Notre hôte observe chaque signe de détente et découvre avec nous les trésors de l'architecture orthodoxe dans son pays. Paradoxalement, ce sont ces témoignages qui semblent le mieux mis en valeur même si les autorités de Junik ont réhabilité avec succès les kullas qui pouvaient être restaurées.
Nous profitons de ces quelques jours sur le Plateau de Dukagjin pour découvrir le Monastère orthodoxe serbe de Deçan inscrit au patrimoine mondial. Les proportions et l'alternance de pierres grise et ambrée sont splendides. La Mosquée Hadumit du XVIe s. à Gjakovë est un autre trésor que nous avons plaisir à revoir. Alors qu'à Prizren nous visitons la Maison de la Ligue et observons la progression des travaux de valorisation de la forteresse. Outre ces monuments, les routes choisies par notre hôte permettent de découvrir la diversité des paysages de cette région et la différence de développement économique; la région entre Gjakovë et Prizren semble mieux fournie en petites entreprises.

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