Iran – trekking et patrimoine


Alborz


Arrivés au petit matin à Téhéran après un changement de vol à Doha, nous complétons les démarches administratives d’usage et récoltons nos premières impressions. Aéroport austère. Procédure bureaucratique : valider son attestation d’assurance rapatriement, la présenter au guichet suivant en déposant son passeport contre un “post it”, paiement du visa à la banque et réception d’une quittance, attente du fonctionnaire qui appelle les passagers pour leur remettre leur passeport après présentation du reçu bancaire, contrôle des passeports.
Nous retrouvons dans le hall de l’aéroport les participants arrivés par d’autres vols, notre guide Hossein et ses “assistants” Hamed et Ebrahim. Nous prenons alors la route, contournant la capitale par le périphérique occidental. Des jardiniers arrosent les espaces verts aménagés sur la berme centrale. Dans les ronds-points quelques femmes vont de voiture en voiture pour quémander quelques rials. Plus nous nous éloignons de la ville, plus l’influence d’urbanistes est visible.

Nous passons la gigantesque centrale électrique à gaz Shahid Rajee Power Plant de Qazvin, puis bifurquons vers les montagnes. Passé un premier col, le paysage devient plus végétalisé mais reste aride. Nous nous arrêtons dans le village-rue de Rajaei Dasht près duquel nous observons de premières rizières, une culture surprenante dans la chaleur vive et le décor asséché.
Nous faisons étape à Gazorkhan, un village entouré de cerisiers et surplombé de la Forteresse d’Alamut (le Nid de l’aigle). Elle servit de place forte dès 1090 à Hassan ibn al-Sabbah et ses successeurs de la secte chiite des Ismaéliens. Elle ne tomba qu’en 1256 devant l'armée mongole d'Houlagou Khan. Les ruines ont été ébranlées par le tremblement de terre de 2004.
Atan Alborz Iran

Atan


De Gazorkhan nous marchons jusqu’à Haniz pour nous acclimater. Nous essayons de trouver un rythme qui convienne à chacun au cours de cette étape de quelques 5h (dénivelé + 550 / - 200 m). Nous faisons une longue pause à Atan dans l’enceinte du mausolée pour éviter les heures les plus chaudes. Les chiites, pour accéder à la perfection du Prophète, s’appuient sur les (douze) imams et d’autres exemples de “saints” qu’ils honorent dans des mausolées. Certains disent que l’avènement de la Révolution islamique a fait exploser le nombre de ces lieux.
Atan est caractérisé par la juxtaposition de maisons de torchis étagées en terrasses maintenues planes à l’aide de rouleaux de pierre et de maisons pimpantes sous leur couverture de tôle multicolore. Nous gagnons Haniz où nous logeons dans diverses maisons du village, en particulier chez le muletier qui transportera nos bagages pour les prochains jours.

Le jour suivant, nous nous rendons à la cabane du Sialan à 3250 m (durée env. 5h, dénivelé + 1050 m). Le chemin traverse un paysage très minéral où dominent les roches violacées rehaussées de teintes turquoises. À certains endroits le terrain prend des allures magmatiques. Le chemin est recouvert d’un gravillon très poussiéreux. Les pentes sont escarpées, mais la déclivité du sentier est plutôt régulière. Peu avant le but nous traversons une bergerie, deux tentes isolées sur un replat. Notre campement, parmi les chardons, se trouve proche d’une source. À la tombée de la nuit nous sommes rejoints par des montagnards iraniens. Nous rencontrerons d’ailleurs plusieurs groupes de randonneurs accompagnés de quelques femmes, tous très chaudement équipés.
Sialan Iran

Sialan


Contrairement au programme initial, nous dormirons à la même altitude la nuit suivante, sur l’autre versant du col après avoir atteint le Sialan, à 4185 m (étape d’un peu plus de 6h, dénivelé + 900 / - 900 m). Au fur et à mesure de notre ascension sur un chemin assez pentu mais régulier, nous découvrons un paysage de plus en plus vaste. Même si la Caspienne, au loin, est recouverte de nuages, nous profitons d’un panorama à 360°. La descente en direction du Nord nécessite parfois un peu de prudence car le revêtement a tendance à rouler sous nos pas. Nous nous arrêtons près d’une seconde bergerie aussi sommaire que la précédente. Les muletiers sont très froidement accueillis quand ils arrivent avec plusieurs heures de retard; les interprétations divergent sur leur “grève”.

Cette manière de découper les étapes nous a préservés du vent sur le col et a diminué le dénivelé de cette troisième journée (dénivelé - 1550 m, env. 5h30). Mais elle ne nous a pas épargné quelques passages difficiles. Le premier, un névé gelé dans une pente raide suivi par un passage mal marqué où les appuis avaient la fâcheuse tendance à se dérober sous nos pas. Le muletier a été plus avisé et a réussi à éviter ce passage. Par contre, son animal a probablement glissé dans une traversée à flanc de coteau et rendu le sentier difficilement praticable ce qui nous a mis en situation périlleuse. Ce versant du col est déjà sous l’influence du climat de la Caspienne et nous trouvons bientôt des prairies fleuries et des forêts qui rendent la progression plus aisée. Nous faisons étape à Daryasar dans une plaine où nous pouvons profiter de l’eau agréablement tempérée de la rivière pour nous baigner et laver notre linge. Cette dernière activité n’était pas très heureuse car, alors que nous mangions une nouvelle variation sur le thème du riz préparée par nos cuisiniers, le brouillard s’est levé sur notre camp et a tout détrempé.

En direction de DaryasarLa fine bruine qui nous a accompagnés lors de la descente sur Asal Mahalleh (env. 2h, dénivelé - 400 m) confirme que les conditions climatiques sont très différentes au Nord de l’Iran. Nous attendons dans « le quartier du miel » que le chargement des mules nous parvienne puis rejoignons les rives de la Caspienne sur des camionnettes. Pendant tout le trajet nous observons des constructions plus extravagantes les unes que les autres. Sans aucune considération pour l’aménagement du territoire, elles sont pour la plupart inachevées. Il semblerait que ces résidences secondaires soient souvent construites illégalement.

La partie balnéaire de notre séjour se déroule sous la pluie; la mer est agitée. De l’activité touristique de cette région, à Ramsar notamment, nous voyons surtout les dizaines de kiosques dans lesquels les propriétaires essaient de louer leur bien pour une nuit, pour une semaine. De Tonekabon à Mahmudabad nous longeons les rives de la Caspienne. Les agglomérations se suivent sans interruption et, à quelques exceptions près, le bâti est très hétérogène. Nous bifurquons ensuite vers la route du Haraz (n°77) construite par les Soviétiques pour permettre un accès rapide à Téhéran. Elle est en cours de réfection. Ce chantier ferait pâlir d’envie nos entreprises de génie civil par son ampleur et les faibles considérations pour l’impact sur l’environnement.

Aux derniers rayons du soleil, nous faisons une promenade au pied du Damavand dont s’échappent quelques fumeroles. Même si ce sommet nous domine de près de 3000 m, son cône a l’air facilement accessible. La vue sur le versant opposé est magnifique dans la lumière du soir : oasis de verdure dans un paysage minéral. Nous terminons notre découverte de l’Alborz dans une station thermale prisée des Iraniens, au confort suranné.

Suite – Ispahan

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