Iran – trekking et patrimoine


Introduction

Prononcer le nom de notre destination de vacances provoque une réaction curieuse, mais unanime « En Iran ? » La rhétorique de l’Axe du Mal inventée par l’administration Bush imprègne encore la mémoire collective. Elle n’est pas l’exclusivité des Occidentaux. En effet, les Iraniens sont très curieux de notre perception de leur pays : « Votre opinion de l’Iran va-t-elle changer après votre visite ? »
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Mannequins dans le Bazar d’Ispahan


La réalité est complexe et ce voyage est une occasion d’apporter quelques nuances à nos représentations. La Révolution islamique de 1979 et le régime des Ayatollahs sont associés à l’obscurantisme, mais il est fait peu cas des excès du pouvoir du Shah. L’imposition du
tchador, le rappel aux règles islamiques symbolisent, pour les Occidentaux, les caractéristiques de ce gouvernement. L’évolution géopolitique depuis 40 ans, en particulier au Moyen-Orient, rend ces représentations caduques. Les sanctions décrétées contre la République islamique d’Iran ont aussi contribué à isoler le pays et à figer son image.

Pour les Iraniens, le régime reste rigide. La répartition des pouvoirs entre le Guide suprême et le Président ainsi que le rôle des différentes composantes des forces de sécurité sont peu clairs. Il s’ensuit une impression d’arbitraire difficile à supporter pour tous ceux qui n’adhèrent pas à la doctrine. Il est surprenant d’entendre des inconnus vous dire qu’ils haïssent leur pays ou vous parler ouvertement de leur projet d’émigration. Des accommodements sont possibles : certains voiles montrent plus qu’ils ne cachent, quelques couples avancent main dans la main. Cependant une forme de partialité règne comme l’a montré une récente affaire à grand impact médiatique en Iran. Fin mai 2016, 35 jeunes qui fêtaient la fin de leurs études à Qazvin ont été surpris par la police en train de danser et de consommer de l’alcool. Alors que la justice prononce généralement dans ces situations de fortes amendes, le procureur a obtenu la flagellation des coupables : 99 coups de fouet ! (
> Le Figaro)

Qui connaît des dissidents surveille la rubrique des condamnations à mort dans les journaux.

Bien que les portraits des Guides suprêmes de la Révolution, les ayatollahs Khomeini et Khamenei, soient omniprésents comme les slogans à la gloire des martyrs de la Guerre imposée (contre l’Irak, de 1980 à 1988), les Iraniens perçoivent des signes d’assouplissement. Ils restent cependant prudents quant à l’avenir : l’équilibre entre le Président élu et le Guide suprême se fait toujours en faveur de ce dernier. Khamenei étant né en 1939, l’évolution de la société iranienne dépendra de son successeur. Chacun ne peut que faire des conjectures sur la personne qui assurera cette fonction au décès de Khamenei.

Marchand d’épices à Ispahan

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Le Président Hassan Rohani paraît plus apprécié que le démagogue et provocateur Mahmoud Ahmadinejad (en poste de 2005 à 2013), mais la population ne se fait pas d’illusions sur sa possibilité de réformer le régime.
Le chiisme (religion d’environ 90% des Iraniens), contrairement au sunnisme, est dirigé par un clergé. Il n’est cependant pas fixé sur une lecture littérale du Coran. “La Constitution [de 1979] repose sur deux sources de légitimité : la souveraineté du peuple et la volonté divine. La Constitution reconnaît les droits de l'individu […] néanmoins elle place les pouvoirs absolus à un Guide religieux nommé à vie” (fr.wikipédia). La Loi fondamentale reste ainsi ambiguë sur les droits effectifs de l’individu.

Pour nous, Européens, la subtilité des comportements sociaux, les formules allusives sont difficiles à décoder. L’un de nos guides précise qu’un Iranien ne se permettra pas de dire qu’il a faim, il choisira une voie détournée pour le faire comprendre. Dans ce contexte, nos tentatives de rationaliser et de décortiquer la complexité de la situation restent bien maladroites.

Suite – le voyage

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